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Ethan Greenbaum

Ethan Greenbaum

Tracers

6 September – 14 October 2018

pact with Hunter Braithwaite

CV Ethan Greenbaum

Version française

Signes avant-coureurs

Hunter Braithwaite

Les œuvres d’Ethan Greenbaum ressemblent à de futures reliques, exhumées lors de fouilles lointaines. Ces objets-photos, qui rendent compte d’une ville en perpétuelle transition, ne portent pas sur le délabrement (ni ne sont une ode à la gloire de l’expansion des grands immeubles). Avec une grâce qui oscille entre le scalpel et les BTP, l’artiste parvient à capter le rayon vert qui surgit lorsqu’un monde bascule vers le suivant. Chantiers, zones de démolition, intersections routières et impasses : ces nœuds de transition, de crise et de renouveau interpellent Greenbaum. Dans ses œuvres, à la sensation de départ répond celle de l’arrivée ; la légèreté de l’impermanence scellée dans la pierre.

Avec leurs surfaces érodées, leur grain minéral et cadrage resserré, elles évoquent des détails de totems olmèques, de monolithes préhistoriques. On les approche en archéologue, à l’affût de signes. C’est-à-dire, dans une perspective sémiotique. Greenbaum, qui ne s’y trompe pas, reçoit le sémiologue en herbe avec un sourire espiègle. Souvent, il photographie des indications infrastructurelles – le marquage au sol des conduites de gaz et lignes électriques enterrées, identifiées par un code couleur, qui dans leur contexte d’origine peuvent revêtir un sens pour le passant, comme ne rien lui évoquer. Mais une fois ce contexte écarté, eh bien, elles ne renvoient plus qu’à l’ombre ambulante de la vie, qui ne signifie rien, selon une formule célèbre.

Cette rupture est particulièrement apparente dans une œuvre récente, Note (2018), qui reproduit la forme et les dimensions d’un panneau signalétique comme on en verrait à une intersection ou au niveau d’un chantier de construction. Le tuyau en métal est identique, de même que les attaches qui retiennent le panneau au poteau. Pourtant, quand on en vient au message en lui-même, le signal est brouillé, distordu. Là où, précédemment, un panneau nous intimait de marquer l’arrêt, on est désormais face à une barrière inintelligible, et pourtant indéniablement physique. Le langage, élément auparavant fondamental, devient superflu. Ailleurs, l’artiste a extrait le signe d’une composition circonscrite – il installe des décalcomanies murales reproduisant des marquages de rue peints à la bombe – des flèches et des X qui précipitent le spectateur dans une course runique sans issue à travers la galerie : déviation qui, si on la suivait, ne mènerait qu’à la nausée.

Quand le référent disparaît, les choses prennent un tour étrange. En particulier quand le référent est le sol sur lequel reposent nos pieds. Le spectateur cesse d’interroger ce que montre une image, et commence à se demander combien elle pèse. La photographie est depuis longtemps le point de départ de Greenbaum – quoiqu’on puisse dire qu’il remonte à plus loin encore, à la déambulation qui a mené à la photo –, mais dans ces nouveaux travaux, les photos proviennent pour la plupart de son disque dur, d’un fonds d’archives en constante augmentation. Et si les œuvres conservent, indéniablement, un aspect photographique, elles sont autant matériau qu’elles sont image ; autant pixel que plexi.

Greenbaum revitalise son sujet à l’aide des outils et méthodes de l’art publicitaire. Ce qui semble manuel est mécanique. Ce qui est lourd est léger ; ce qui est délicat, indestructible. Ce tour de passe-passe, cet habile trucage, produit deux effets. L’utilisation de technologies industrielles à des fins illusoires révèle une sensation d’émerveillement – suscité par le fait de percevoir réellement, comme pour la première fois, le monde qui nous entoure. Au-delà se pose la question de la notion d’authenticité fabriquée. Si la photographie tend toujours vers  l’horizon du réel, comment la sculpture peut-elle servir, ou desservir ce rapprochement ?

Ces œuvres se soustraient au temps du présent de la photographie – où quelque chose se produit indéfiniment, et de ce fait est immédiatement arraché au flot de la vie – en réaffirmant leur dimension sculpturale. Les fioritures réalisées à la main, telles que les marques aléatoires pratiquées à la défonceuse, révèlent la touche de l’artiste. Flous et pixellisation témoignent des limites de la machine. Le travail de Greenbaum présente, selon ses propres dires, une « physicalité au présent ». Cette physicalité engage le corps du spectateur en mettant l’accent sur le moment de la première rencontre avec l’objet. Par comparaison avec la photographie pure, qui saisit le moment où le photographe rencontre son sujet, Greenbaum a transposé cette expérience depuis l’œuvre au monde extérieur. Non seulement sa pratique élève et exacerbe le paysage matériel, elle inspire un nouveau regard, une nouvelle manière d’être dans la ville.

L’attention qu’il porte à ce que l’on ne remarque pas, à ce que l’on foule, lui vaut souvent d’être décrit comme un flâneur, un psychogéographe, un vagabond ; les yeux rivés au sol, scrutant les surfaces en quête d’un agencement fortuit. Mais le problème inhérent à ces qualificatifs, c’est qu’ils sont foncièrement temporels. Traverser la ville, à quelque allure et dans quelque direction que ce soit, c’est toujours, foncièrement, une traversée. Il est question là de passage. Tandis que, dernièrement, l’œuvre de Greenbaum semble quelque peu, eh bien, hors du temps.

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English version

Signs of Things to Come

Ethan Greenbaum’s artworks feel like future relics, unearthed by distant excavation. The photo-objects, which document a city in constant transition, are not about decay (nor are they odes to the glories of high-rise development). Rather, with a grace that slides between surgical and steel-toed, the artist captures the green flash that appears when one world morphs into the next. Construction sites, demolition zones, traffic crossings and dead ends: Greenbaum is drawn to these nodes of transition, of crisis and renewal. In his work, the feeling of departure is matched by that of arrival; the airiness of impermanence set in stone.

In their weathered surfaces, mineral graininess and cropped scale, they resemble details of Olmec totems, of prehistoric monoliths. We approach them as archeologists looking for signs. That is, semiotically. Greenbaum, expecting this, greets the budding semiotician with a playful smirk. He often photographs infrastructural gestures— the color-coded utility marks delineating underground gas or electrical pipes, that in their native context, might signify something to the passerby, and might not. But once removed from their origin, well, they only point to the walking shadow we call life, as someone once put it. That which signifies nothing.

This breakdown is most visible in a recent work, Note, 2018. Its form and dimensions mirror a sign one would see at a traffic intersection or outside a construction site. The metal pipe is the same, as are the fasteners affixing the sign to the pole. Yet when it gets to the message itself, things garble and glitch. Where once a sign instructed us to stop, we now have an illegible, yet undeniably physical barrier. Language, once integral, becomes superfluous. Elsewhere he has unmoored the sign from a bounded composition—installing shaped decals of spray painted street markings — arrows and X’s that send the viewer around the gallery in a runic wild-goose chase: a drift that, if anyone followed, would lead only to nausea.

When the referent goes, things get strange. Especially when the referent is the ground beneath your feet. The viewer stops asking what an image shows, and begins to wonder how much it weighs. The photograph has long been the starting place for Greenbaum—though one could say that it goes back further, to the perambulation which led to the photo—but in these new works, the photos come primarily from a growing archive on his hard drive. And while the works remain, undeniably, photographic, they are as much material as they are image. As much pixel as plexi.

Greenbaum invigorates his subject matter with the tools and tricks of commercial art. That which appears handmade is machined. The heavy is light, the delicate indestructible. This sleight of hand, this shell game, does two things. The use of industrial technologies to illusionary ends reveals a playful sense of wonder—of truly seeing, as if for the first time, the world around us.  Beyond that, there’s the notion of manufacturing authenticity. If photography is always pushing towards the horizon of the real, how can sculpture assist, or trip up?

These works also eschew the photographic present perfect—wherein something is always happening, and is thus immediately pulled from the flow of life—by doubling down on the sculptural. The handmade flourishes, such as errant router marks, reveal the artist’s touch. The blurring and pixelation show the limits of the machine. Greenbaum’s work evinces, as he puts it, “a present-tense physicality.” This physicality engages the body of the viewer, prioritizing the moment when we first encounter the object. Compare this to straight photography, which captures the moment when the photographer encounters his subject. Greenbaum has pulled this experience from the work into the world. Not only does his practice elevate and intensify the material landscape, it revitalizes the act of looking, of being in a city.

His attention to the overlooked and underfoot has him often described as a flâneur, a psychogeographer, a drifter. Eyes on the ground, scouring surfaces for a chance arrangement. But the problem with these labels is that they’re fundamentally temporal. To move through the city, at whatever pace, in whichever direction, is still fundamentally to move through. It is about passage. Whereas Greenbaum’s work seems of late to be a bit, well, timeless.

Hunter Braithwaite