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Henry Codax

Henry Codax

22 March – 19 May 2018

 

Version française :

Le silence est d’or :
Henry Codax s’entretient avec Bob Nickas

B. N. : Une interview est parue il y a quatre ans, réalisée par Peter Scott, à laquelle vous auriez participé, Henry Codax. À l’époque, les spéculations allaient bon train quant à l’identité d’Henry Codax. Parce que le nom vient d’un personnage d’un livre de Reena Spaulings, un collectif d’individus en majorité anonymes qui ont publié, exposé, et interviennent depuis de nombreuses années dans le cadre de la galerie commerciale new-yorkaise du même nom.

H. C. : Henry Codax était une fiction dès le départ.

B. N. : Les deux artistes que l’on citait le plus souvent à sa suite étaient Olivier Mosset et un artiste plus jeune, un acolyte, qui n’est plus aussi juvénile qu’avant, ni très en vogue. Comme je les connais tous les deux, et ce depuis trente ans en ce qui concerne Olivier, c’était pour moi évident que ni l’un ni l’autre n’avait en fait participé à cet entretien. La façon de s’exprimer propre à Olivier n’était nulle part apparente, et à en juger par le niveau d’élocution élevé, son disciple n’était de toute évidence pas de la partie. Après tout, c’est quelqu’un qu’on n’accuserait jamais d’être plus instruit qu’il n’en est capable. Alors, qui donc a répondu à ces questions ?

H. C. : En tant que propriétaire de la galerie Carriage Trade, il est certain que Peter Scott était de mèche, et pas seulement pour avoir présenté la première exposition d’Henry Codax…

B. N. : Apparemment, tous les tableaux se sont vendus.

H. C. : …mais pour avoir laissé ses empreintes digitales sur le bord d’un tableau plus récent, et pas parce qu’il l’avait accroché au mur.

B. N. : Le galeriste en tant qu’artiste ?

H. C. : En tant que gestionnaire culturel.

B. N. : Ce qui est le cas depuis maintenant un certain temps. On ne peut pas le nier.

H. C. : Ce qui pourrait en partie expliquer l’apparence d’Henry. Dans le best-seller Reena Spaulings, le personnage est plus âgé, barbu, et fume la pipe.

B. N. : On dirait un portrait de vieux loup de mer par John Currin dans les années 1990, qui aurait pu être une parodie de tableau amateur des années 1950.

H. C. : Tout le monde aime l’illustration, non ? On pourrait avancer une autre raison au monochrome d’Henry Codax : le refus d’une image, ou tout au moins, de la représentation. Le monochrome, dont on dit qu’il renferme « la mémoire de toute la peinture », ce qui l’élève à un rang supérieur, a aussi été renvoyé à « de l’art sur l’art », ce qui jette le discrédit. Mais c’est valable pour tout ce qu’on voit dans une galerie ou un musée, à une foire ou aux enchères. C’est de l’art, et de nos jours, l’art court le risque de nous rappeler quelque chose de préexistant. Le monochrome, cependant, n’a rien d’abstrait, puisqu’il représente toujours un espace.

B. N. : À ce propos, vous avez dit un jour que « les bonnes idées ne tombent pas du ciel ». Et bien, il semblerait qu’elles atterrissent parfois entre les mains de quelqu’un d’autre, livrées sur un plateau d’argent, pourrait-on dire. N’oublions pas qu’Olivier est une sorte d’initiateur, pour le meilleur comme pour le pire. Cela fait maintenant un certain temps qu’il prétend ne plus savoir peindre, une raison de plus pour sous-traiter le travail.

H. C. : La peinture, c’est comme le vélo.

B. N. : Une fois qu’on a appris, ça ne s’oublie pas.

H. C. : Qu’est-ce que c’est, tous ces fils enchevêtrés ?

B. N. : Ça ne vous dérange pas si l’on vous soumet au détecteur de mensonges ? Et pour ne rien laisser au hasard, puisque vous êtes parfaitement capable de faux- fuyants, on devrait aussi vous administrer du Pentothal.

H. C. : Sérum de vérité.

B. N. : Vous allez être honnête avec nous maintenant, une fois pour toutes.

H. C. : Je sens déjà mon esprit s’embrumer.

B. N. : Ce ne serait pas la première fois. À présent, déclinez votre identité.

H. C. : Je suis plus d’une personne, et nous avons chacun notre propre nom.Professionnellement, je suis connu, et l’invisible « nous » sommes connus, sous le nom d’Henry Codax.

B. N. : C’est un nom de scène ?

H. C. : Oui. Et aussi celui que vous trouverez sur un certificat d’authenticité.

B. N. : Et qu’est-ce qui est mis en scène ? Un petit théâtre, avec une foule d’acteurs, de vedettes et de figurants ?

H. C. : Oui, mais nous ne nous sommes pas tous rencontrés, ce qui ne se produira jamais.

B. N. : Vous ne pensez pas qu’il y aura un jour une rétrospective, une réunion de promo ?

H. C. : J’en doute.

B. N. : Vous vivez et travaillez dans des endroits différents ? New York, Paris, Buffalo ?

H. C. : Oui.

B. N. : Pour l’exposition parisienne à venir, les tableaux sont dorés.

H. C. : Je n’étais pas au courant. Personne ne me l’a dit. Est-ce que je recevrai un pourcentage ?

B. N. : Des royalties ? Êtes-vous le seul et véritable auteur de cette fiction ? Je ne crois pas que ce soit le cas.

H. C. : L’or… le plus précieux des métaux. Aussi surréel que cela puisse paraître – d’un point de vue économique, peut-être pas philosophique – nous vivons, du moins pour certains, L’Âge d’Or.

B. N. : Pensiez-vous au Monogold d’Yves Klein ?

H. C. : Non.

B. N. : Aviez-vous à l’esprit la Zone Immatérielle de Klein, où une œuvre d’art invisible est cédée contre de l’or ? Dans sa forme véritable, en tant que performance, un reçu était remis au collectionneur, qui devait le brûler, après quoi Klein relâchait la moitié de l’or sous forme de minces feuilles d’or. Et j’attire votre attention là-dessus : la moitié seulement. Car il faut toujours qu’il y ait un bénéfice. Dans les photographies qui rendent compte de l’œuvre, on voit Klein relâcher ces feuilles le long de la Seine. Il avait le sens du spectacle, et se mettait souvent lui-même en scène.

H. C. : Avec Henry Codax, l’art est visible, tandis que l’artiste ne l’est pas.

B. N. : L’art est un miroir, une véritable Galerie des Glaces, mais on n’y perçoit pas toujours notre reflet.

H. C. : « Reflect who you are. » C’est de Lou Reed.

B. N. : Considérez-vous qu’Henry est atavique ?

H. C. : Qu’il est quoi ?

B. N. : Vous ne connaissez pas le terme ? Atavique. Relatif à un avatar, mais aussi à la réapparition d’un trait ancestral.

H. C. : Un « ghost in the shell »… Retour au monochrome, et plus en arrière, à l’alchimie.

B. N. : Pensez-vous, comme John Miller l’a suggéré, que la peinture est devenue une industrie de services ?

H. C. : N’en a-t-il pas toujours été ainsi ? Enfin, pas à Lascaux ni à Chauvet. Mais depuis le patronage royal et ecclésiastique. À l’époque moderne, il y a eu beaucoup de portraits commandités – et contraints – de Warhol. Du travail à la commande.

B. N. : Comment passe-t-on de l’art pariétal à la Factory ?

H. C. : L’art est une forme de voyage temporel.

B. N. : Vous devez préférer les « blanks » de Wharhol, ces toiles unies qu’il accrochait à côté des sérigraphies de la série Death and Disaster (Mort et désastre) ? Son raisonnement reposait en partie sur le fait que le prix des tableaux doublerait sans nécessiter de travail supplémentaire. C’est du moins ce qu’il a affirmé en public. Mais retirez les « blanks », et ces peintures ont bien moins d’intérêt.

H. C. : Warhol aurait été sensible à Henry Codax, à son caractère impersonnel, et aussi parce qu’il n’aurait jamais eu de succès en ne montrant que les « blanks ». Ç’aurait été un désastre.

B. N. : Connaissez-vous les artistes dits anonymes des années 1980 et 1990, comme J. St. Bernard ?

H. C. : L’alias du marchand d’art Colin de Land, de la galerie American Fine Arts. Cette galerie était son œuvre majeure, sa performance la plus mémorable.

B. N. : Et John Dogg ?

H. C. : C’était une collaboration imaginée par Colin et Richard Prince, ce qu’on pourrait appeler un mariage de convenance.

B. N. : Et « les ready-made appartiennent à tout le monde® » ?

H. C. : C’est le cas. C’est toujours le cas. Et c’est après l’appropriation et les années 1980 que les artistes, d’une remise en question de la notion de paternité, en sont venus à jouer au chat et à la souris avec le public. Qui est l’artiste ? Où est l’artiste ? Il disparaît. C’est aussi post-conceptuel. Après la supposée dématérialisation de l’objet… une dématérialisation de l’artiste. Et une situation peut même survenir où l’artiste intègre ses collectionneurs – acheter l’œuvre, c’est la signer – comme c’est le cas avec Philippe Thomas.

B. N. : Concernant les déclarations d’Henry Codax sur le fait que ceux qui regardent un tableau, mais sans savoir qui l’a réalisé, ne seront pas distraits par la signature et regarderont simplement ce qu’ils ont devant eux, j’ai une objection. De nos jours, beaucoup de ceux qui fréquentent les musées sont des touristes et des enfants de groupes scolaires. Ils peuvent se tenir devant un Delacroix, un Manet ou un Cézanne sans avoir la moindre idée de qui l’a peint, et pourtant s’abandonner à l’expérience. Et qu’importe l’idée que l’anonymat intentionnel doit servir à contraindre l’acte de voir.

H. C. : De ses propres yeux. Conseillers et spécialistes sont priés de s’abstenir.

B. N. : Cette façon de jouer avec le marché et de s’y mesurer favorise l’art contemporain et ses continuelles répercussions médiatiques. Les artistes à qui l’on doit la majorité des plus grandes œuvres jamais réalisées, ceux de l’antiquité par exemple, nous sont totalement inconnus. Ils n’avaient pas de carrière. Une grande partie de leur production a une valeur d’usage et était liée au rituel, pas aux rituels des affaires. Face à la production artistique de notre époque contemporaine, on ne peut que se demander si l’anonymat n’est pas une chose révolue, et si, dans un monde où prime l’image de marque, il réapparaîtra un jour ?

H. C. : Il est trop tôt pour le dire.

B. N. : Les Thrift Store Paintings (Tableaux de brocante) accumulés au fil des années par l’artiste Jim Shaw, y a-t-il quelqu’un pour conjecturer qui, au juste, les a réalisés ?

H. C. : Pour quoi faire ? Et dans quel but ? C’est complètement absurde. Certains de ces tableaux sont meilleurs que d’autres. On ne peut pas porter ce genre de jugement sur les œuvres d’Henry Codax. Elles sont toutes aussi remarquables les unes que les autres.

B. N. : On dirait que vous essayez d’éluder en un coup de pinceau à la fois la critique et le public des connaisseurs.

H. C. : Expédient.

B. N. : Vous avez créé une situation qui invitait à la spéculation, à la fois en ce qui concerne la paternité et la revente, puis vous vous en êtes fâché. La dame fait trop de protestations.

H. C. : Ce me semble ! Hamlet, Acte 3, Scène 2.

B. N. : Alors, Henry Codax se joue des règles, mais attend des autres qu’ils s’y plient ?

H. C. : Les Règles du Jeu… sont faites pour qu’on y déroge. Il n’y a pas d’art sans contradiction.

B. N. : À qui suis-je en train de parler en ce moment ? C’est comme s’entretenir avec Sybil, ce cas célèbre d’une patiente atteinte d’un trouble dissociatif de la personnalité multiple. Elle a manifesté, sur une période de plus de vingt ans, seize personnalités distinctes, dont deux étaient des hommes. De nombreux artistes ont réalisé des tableaux d’Henry Codax, et au moins l’un d’entre eux était une femme ?

H. C. : Oui.

B. N. : Pas très progressiste, dans ce qui reste un monde de l’art très masculin. H. C. : C’est possible.

B. N. : L’une des personnalités de Sybil, en 1927, était écrivaine et peintre. Elle parlait avec un accent anglais et on a rapporté qu’elle « cherch[ait] désespérément à se faire aimer, mais [était] enfermée dans le passé ». Bien entendu, nous savons que l’acte créatif est toujours insensible à l’approbation, d’autant plus quand il est question d’un artiste fictif.

H. C. : À quoi ressemblaient ses tableaux ?

B. N. : On en dit seulement qu’ils possèdent « une grande variété de couleurs ».

H. C. : Ça paraît confus. Une à la fois, uniformément appliquée, aucun geste, aucun incident de surface.

B. N. : Pour un patient dissociatif, le trouble de la personnalité multiple implique des incidents survenant sous la surface, un contre-courant constamment en mouvement, des turbulences. Connaissez-vous l’artiste fictif Bruno Hat ? Il s’agit d’un coup monté par Tom Mitford, le frère des célèbres sœurs Mitford, à Londres, en 1930. Bruno Hat était soi-disant « un peintre allemand avant-gardiste, confiné par une santé fragile à un fauteuil roulant, dans lequel il fit une apparition lors d’un vernissage privé ». Un ami de Diana Mitford avait acheté l’un des tableaux, ce qui a peut-être éveillé les remords des intéressés regrettant que ce petit manège soit allé trop loin. J’imagine que le tableau acheté n’aurait eu absolument aucune valeur de revente, puisqu’il n’en avait déjà quasiment aucune sur le marché primaire, ce qui n’est certainement pas banal.

H. C. : Henry Codax est une initiative sérieuse, menée avec les meilleures intentions.

B. N. : Et que penser du démenti niant votre implication lors du tapage que vous avez fait pour bloquer la vente publique d’un œuvre mise aux enchères. Très souvent, une personne qui se croit lésée se pense irréprochable, au-dessus des lois. Apparemment, être critique d’art aujourd’hui exige des connaissances en pathologie criminelle.

H. C. : « L’art est un mensonge qui dit la vérité. »

B. N. : C’est de Picasso, qui a réalisé toutes ses propres œuvres, soit dit en passant. L’autre jour, je discutais avec un artiste qui a déjà été engagé pour créer un tableau d’Henry Codax, et il me disait qu’atteindre la perfection d’une surface unicolore était bien plus difficile qu’on ne pouvait se l’imaginer.

H. C. : L’art n’est pas une chose facile, mais ça l’est davantage quand quelqu’un le fait pour vous.

B. N. : Une réponse qui semble un peu trop préméditée, vous ne pensez pas ? H. C. : Henry Codax est plein de ressources, toutes en or.

 

English version :

INTERVIEW

of Henry Codax by Bob Nickas:

BN:  There was an interview four years ago, conducted by Peter Scott, that was supposedly with you, Henry Codax. At the time, there was plenty of guessing as to who Henry Codax was. Because the name comes from a character in a book by Reena Spaulings, a mostly anonymous collection of individuals who have published, exhibited, and been active for many years against the backdrop of a commercial New York gallery of the same name.

HC:  Henry Codax was a fiction from the start.

BN:  The two artists most often mentioned in his shallow shadow were Olivier Mosset and a younger artist, an acolyte, not quite as youthful as before, nor much in vogue. Having known them both, and Olivier for thirty years now, it was obvious to me that neither of these artists had in fact taken part in this interview. Olivier’s particular way of expressing himself was nowhere in evidence, and given the higher level of articulation, his follower had clearly not engaged in the situation. After all, this is someone we would never accuse of being educated beyond his capacity. So who exactly responded to these questions?

HC:  As proprietor of the gallery Carriage Trade, Peter Scott was certainly a partner-in-crime, and not only for presenting the first Henry Codax show…

BN:  All the paintings apparently sold.

HC:  … But for leaving his fingerprints behind, on the edge of a later painting, and not because he had hung it on the wall.

BN:  The gallerist-as-artist?

HC:  As a cultural manager.

BN:  Which has been the case for some time now. There’s no way around that.

HC:  This may, in part, explain the appearance of Henry. In the Reena Spaulings best-seller, the character is older, has a beard, and smokes a pipe.   

BN:  Sounds like a John Currin portrait from the ’90s, of a salty old sea captain, which could have been a parody of an amateur painting from the ’50s.

HC:  Doesn’t everyone love illustration? We may consider another reason for Henry Codax and the monochrome: the denial of an image, at least of representation. The monochrome, described as having within it « the memory of all painting, » which raises it to a higher level, has also been dismissed as Art-about-art, which pulls the rug out from under. But this is true for whatever you see in a gallery or a museum, at a trade fair or on the auction block. It’s all art, and art today runs the risk of reminding us of something known from before. The monochrome, however, is in no way abstract, since it always represents space.

BN:  Speaking of which, you once said that « good ideas don’t just fall out of the sky. » Well, it seems that they sometimes fall in the lap of someone else, handed to them on a silver platter, you might say. Let’s not forget that Olivier is something of an enabler, both for better and for worse. For some time now he claims he doesn’t know how to paint anymore, yet another reason to outsource the work.

HC:  Painting is like riding a bicycle.

BN:  Once you learn, you never forget.

HC:  What are all these wires entangled?

BN:  You don’t mind if we hook you up to a polygraph? And to be thorough, since you are perfectly capable of evasion, we should also administer some Sodium Pentothal.

HC:  Sérum de vérité

BN:  You’re going to be honest with us now, once and for all.

HC:  I’m already starting to feel a bit hazy.

BN:  Not for the first time. Now, state your given name.

HC:  I am more than one person, and we have our own individual names. Professionally I am known, and the unseen « we » are known, as Henry Codax.

BN:  This is a stage name?

HC:  Yes. Also the one to be found on a certificate of authenticity.

BN:  And what is being staged, a petit théâtre, with many actors, stars and extras?

HC:  Yes, but we haven’t all met, and never will.

BN:  You don’t expect there will ever be a retrospective, a class reunion?

HC:  Doubtful.

BN:  You live and work in different places? New York, Paris, Buffalo?

HC:  Yes.

BN:  For the show coming up in Paris, the paintings are gold.

HC:  I wasn’t aware of that. No one told me. Will I be paid a percentage?

BN:  Royalties? Are you the original and sole author of this fiction? I don’t think so.

HC:  Gold … the most precious metal. As surreal as it seems—economically, perhaps not philosophically—this moment is, for some at least, L’Age d’Or.

BN:  Were you thinking of Yves Klein’s Monogold?

HC:  No.

BN:  Did you have in mind Klein’s Immaterial Zone, where an invisible work of art is exchanged for gold? In its true form, as a performance, the collector would be given a certificate cheque, to be burned, and Klein, in turn, would release half the gold, in the form of thin sheets of gold leaf. And take note: it was only half. For there must always be a profit margin. In the photographs documenting this piece, we see Klein releasing these sheets alongside the Seine. He was ever the showman, often staging himself.

HC:  With Henry Codax, the art is visible, while the artist is not. 

BN:  Art is a mirror, a veritable Hall of Mirrors, but we don’t always see ourselves in it.

HC:  « Reflect who you are. » Lou Reed wrote that.

BN:  Do you consider Henry to be atavistic?

HC:  To be what?

BN:  You’re not familiar with the term? Atavistic. Relating to an avatar, but also a reversing to the ancestral.

HC: A ghost in the shell … Going back to the monochrome, and further, to alchemy.

BN:  Do you think, as John Miller has proposed, that painting has become a service industry?

HC:  Hasn’t it always been? Well, not in Lascaux or Chevaret. But since royal and church patronage. In modern times there were many commissioned—and coerced—portraits by Warhol. Work-for-hire.

BN:  How do we get from cave painting to The Factory?

HC:  Art is a form of time-travel.

BN:  You must prefer Warhol’s « blanks, » the one-color panels he hung alongside his Death and Disaster silkscreens? Part of his reasoning was that the paintings would cost double, without involving additional labor. At least that’s what he said publicly. But take away the « blanks » and these paintings are not nearly as interesting. 

HC:  Warhol would have appreciated Henry Codax, it’s impersonal character, and also because he never would have succeeded by only showing the « blanks. » That would have been a disaster.

BN:  Are you aware of the so-called anonymous artists of the ’80s and ’90s, such as J. St. Bernard?

HC:  The alias of art dealer Colin De Land, of the gallery American Fine Arts. The gallery was his greatest work, his enduring performance.

BN:  What about John Dogg?

HC:  That was a collaboration conspired by Colin and Richard Prince, what me might call marriage trade.

BN:  And what about Readymades Belong to Everyone?

HC:  They do. They still do. And it’s after the ’80s, post-appropriation, that artists went on from questioning authorship to playing cat-and-mouse with the public. Who is the artist? Where is the artist? The artist disappears. This is also post-conceptual. After the so-called dematerialization of the object … a de-materialization of the artist. And even a situation would arise in which an artist would incorporate his collectors—to buy the work is to sign the work—as with Philippe Thomas.

BN:  To the claims of Henry Codax, about how those looking at a painting, but without knowing who made it, will not be distracted by the signature and simply regard what’s in front of them, I have a counter-claim. Many who go to museums nowadays are tourists and children from school groups. They may stand before a Delacroix, Manet, Cézanne, having no idea who painted it, yet immerse themselves in the experience. So much for intentional anonymity as a way to compel the act of seeing.

HC:  With one’s own eyes. Consultants and advisors need not apply. 

BN:  This kind of play and sparring with the market, privileges contemporary art and its continuous ripples of publicity. The artists responsible for most of the greatest works ever produced, those from antiquity, for example, are totally unknown to us. They did not have careers. Much of what they made has use-value and was tied to ritual, not to the rituals of business. With the art of our con-temporary period, we can only wonder if anonymity is a thing of the past, and if in a branding world it will ever return?

HC:  It’s too soon to tell.

BN:  The Thrift Store Paintings accumulated over many years by the artist Jim Shaw, does anyone ever guess who actually made them?

HC:  Why would they? And what would be the point? It’s completely absurd. Some of these paintings are better than others. You can’t apply that sort of judgement to works by Henry Codax. They are all equally good.

BN:  This sounds like an attempt to circumvent both criticism and connoisseurship in a single stroke of the brush.

HC:  Expedience.

BN:  You set up a situation that invited speculation, both in terms of authorship and re-sale, and then got mad about it. The lady doth protest too much.

HC:  Methinks! Hamlet, Act 3, scene 2.

BN:  So Henry Codax doesn’t want to play by the rules, but expects everyone else to?

HC:  Les Règles du Jeu … meant to be broken. There is no art without contradiction.

BN:  Who am I speaking to now? This is like an interview with Sybil, the famous case of the woman with multiple personality disorder. She manifested, across more than twenty years, sixteen distinct personalities, two were male. Many artists have produced Henry Codax paintings, and at least one was a woman?

HC:  Yes.

BN:  Not very enlightened in what remains a male-dominated art world.

HC:  This may be true.

BN:  One of Sybil’s personalities, from 1927, was a writer and a painter. She spoke with an English accent and has been characterized as « desperate to be loved but … stuck in the past. » Of course we know that the creative act is always indifferent to approval, especially for a fictional artist.

HC:  What were her paintings like?

BN:  They are only described as having « a great variety of colors. »

HC:  Sounds messy. One at a time, evenly applied, no gesture, no surface incident.

BN:  For a dissociative, multiple personality disorder involves incidents occurring below the surface, a constantly shifting undertow, a riptide. Are you familiar with the fictional artist Bruno Hat? This was a prank staged by Tom Mitford, the brother of the notorious Mitford sisters, in London in 1930. Bruno Hat was supposedly « an avant-garde German painter, confined by ill-health to a wheelchair in which he made an appearance at a private view. »1 A friend of Diana Mitford bought one of the paintings, which may have aroused pangs of guilt for all concerned, that this little theater had gone too far. I would guess that the painting bought would have had absolutely no resale value, since it had almost none on the primary market, a novelty to be sure.

HC:  Henry Codax is a serious endeavor, conducted with the best intentions.

BN:  And what about denying involvement in your attention-grabbing attempt to block a public sale when a work came to auction. Very often a person who feels wronged sees himself as blameless, above the law. Apparently, to be an art critic today requires some knowledge of criminal pathology.

HC:  « Art is a lie that tells the truth.”

BN:  That’s Picasso, who made all his own work, by the way. Just the other day I spoke to an artist who was once engaged to create a Henry Codax painting, and he told me that achieving the perfection of one-color surface is much harder than you can imagine.

HC:  Art isn’t easy, but it’s easier when someone does it for you.

BN:  That sounds a bit too rehearsed, don’t you agree?

HC:  Henry Codax has many moves, all of them golden.

Henry Codax est un artiste connu pour ses séries de peintures monochromes. Aucune biographie n’est disponible le concernant, compte tenu de son identité tenue secrète. 

Robert Nickas est critique et commissaire d’exposition indépendant. Il a organisé plus de 50 expositions depuis 1984, en France, avec l’équipe du Consortium pour la Biennale de Lyon 2004. Il est conseiller pour les expositions du centre d’art contemporain P.S.1 à New York. Il collabore régulièrement à Artforum, ses écrits et entretiens ont aussi été publiés dans Afterall et Sound Collector, ainsi qu’au sein de nombreux catalogues et monographies – Felix Gonzalez-Torres, On Kawara, Olivier Mosset, Cady Noland and Andy Warhol.

Henry Codax is a contemporary artist known for his series of monochromatic paintings. No biographical facts is known of the artist.

Robert Nickas has realized more than forty exhibitions for galleries and museums since 1984. He recently co-curated the Biennale of Lyon in France (with the Consortium team), is an editor of Artforum and a Guest Curator at P.S.1 in New York. His writings and interviews have appeared in Afterall and Sound Collector, as well as in numerous catalogues and monographs – Felix Gonzalez-Torres, On Kawara, Olivier Mosset, Cady Noland, Andy Warhol.