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Sarah Meyohas

Sarah Meyohas

« Infinite Void », 10 January – 9 March 2019

Pact with Julia Greenway, Curator

CV Sarah Meyohas

«Infinite Void» est la seconde exposition personnelle de Sarah Meyohas à la galerie PACT, qui présente ici six photographies de la série «Speculations» (de 2015 à 2018) et six scenari de réalité virtuelle de la série «Cloud of Petals» (2017). Ensemble, ces oeuvres dialoguent autour des notions d’infini et de vide, que la commissaire d’exposition Julia Greenway nous fait l’honneur d’étudier dans un texte écrit spécifiquement pour l’occasion (à lire en page suivante).

«Speculations» est une série de photographies initialement créée pour adosser et garantir la crypto monnaie «BitchCoin» inventée et mise en circulation par Meyohas en 2015. Le BitchCoin est en effet un «asset-backed security» ou «valeur mobilière adossée à des actifs», comparable à L’étalon-or (en anglais Gold Standard), système monétaire dans lequel toute émission de monnaie se fait avec une contrepartie et une garantie d’échange en or.

1 BitchCoin = 25 square inches (environ 161 cm2) d’une photographie de la série «Speculations», quelle qu’elle soit.
Le porteur peut convertir ses BitchCoins à tout moment auprès de l’artiste ou sa galerie contre une photographie de cette série, à taux d’échange fixe, quelle que soit la cote de l’oeuvre sur le marché de l’art au moment de la conversion. Le porteur peut par ailleurs revendre ses BitchCoins à un tiers de façon totalement libre, le marché du BitchCoin étant exempt de toute régulation. Sa valeur relative croit parallèlement à la cote de l’artiste. Invitant l’art dans la sphère financière, ce concept inédit opère une modification substantielle du mode d’acquisition traditionnelle sur le marché de l’art en permettant d’investir sur un artiste plutôt que de collectionner une oeuvre d’art en tant que telle, transformant le collectionneur en investisseur revendiqué.

En 2015, Meyohas avait créé autant d’oeuvres de la série «Speculations» qu’elle n’avait émis de BitchCoins. Aujourd’hui, tous les BitchCoins émis ($100 l’unité) ont trouvé preneur et aucun BitchCoin n’a encore été remis en vente sur le marché.
Meyohas a depuis lors autonomisé la série de photographies «Speculations» en créant de nouvelles oeuvres en 2017 et 2018, sans émission concomitante de BitchCoins. La série garde donc l’empreinte d’une réflexion sur la financiarisation du marché de l’art à travers le BitchCoin auquel elle est initialement et conceptuellement rattachée, mais chaque oeuvre s’acquiert aujourd’hui directement, de façon totalement indépendante de la crytpomonnaie.

Les scenari de réalité virtuelle sont quant à eux la dernière oeuvre de la série «Cloud of Petals», composée d’une vidéo de 31 minutes, d’une série de photographies, d’une installation de pétales pressés et de sculptures. Ils furent réalisés grâce au soutien financier du centre d’art RedBull Art Studios à New York et exposés dans cette même institution pour la première fois à l’automne 2017.

Sarah Meyohas (née en 1991 à New York, vit et travaille entre Londres et New York) est une artiste franco-américaine diplomée d’un Bachelor Of Arts en relations internationales à l’Université de Pennsylvanie, d’un Bachelor of Science (finance) à Wharton et d’un Master of Fine Arts à Yale (section photographie sous la direction de Gregory Crewdson).

Utilisant la photographie, la vidéo, l’installation et la sculpture, son travail questionne la notion de valeur sous différentes formes : de la valeur esthétique des marchés financiers à travers sa première série «Stock Performance» en 2015 à la 303 Gallery (New York) où Meyohas a transformé le trading et la spéculation boursière en performance artistique, en passant par la question des moyens de financement dans l’art, grâce au «BitchCoin»- permettant d’acquérir les oeuvres de sa série «Speculations», jusqu’à questionner la valeur du travail humain face à l’intelligence artificielle et l’éternelle quête du Beau à travers sa vidéo et sa série «Cloud of Petals».

En 2017 et 2018, sa vidéo Cloud of Petals a été projetée au Brooklyn Film Festival, au TimesTalk New York, CogX, Chicago Underground Film Festival, Milwaukee Underground Film Festival, Minneapolis St. Paul International Film Festival et au Slamdance Film Festival. Récemment, Meyohas a également pris par au talk public du Festival du Film de Locarno.

Meyohas a notamment exposé à la 303 Gallery à New York en 2016, à Independent Régence à Bruxelles et au RedBull Arts Studios à New York en 2017, avec Disjecta Contemporary à Portland, au Wasserman Projects à Detroit en 2018, à l’Aperture Foundation en 2015, à la galerie Shulamit Nazarian à Los Angeles, au Museum of Contemporary Art Detroit, chez Fisher Parrish à New York. En 2017 Forbes la listait parmi les «30 under 30» (artistes à suivre). Son travail a été relayé dans des dizaines de parution depuis 2015 dont le New York Times, CNBC, Wired, Vice, Fortune, Nowness etc.

À propos d’Infinite Void, par Julia Greenway:

Et cette chose, aussi : que naisse un sentiment rien que dans le contact de pétale à pétale ? Et ceci : qu’un pétale ainsi qu’une paupière s’ouvre, et qu’il n’y ait dessous que des paupières fermées, comme cherchant par un sommeil multiple, à voiler l’acuité d’un regard intérieur.
Et avant tout ceci : qu’à travers ces pétales le jour doive passer.

— Rainer Maria Rilke, La coupe des roses, 1907

Sarah Meyohas déconstruit la rose, la réduisant au pétale, son unité la plus élémentaire, pour refigurer le langage binaire de la communication numérique : on ou off, un ou zéro, une série de pulsations relayées par câbles électriques, qui alimentent les serveurs et remplissent le nuage (cloud)informatique. On ne peut donner une forme visuelle à des réseaux d’une telle envergure que par le biais d’une métaphore.

«Infinite Void» («Vide infini») de Meyohas cherche à manifester l’abîme sans fin de nos plateformes numériques.

Cloud of Petals VR (Nuage de pétales VR) présente le réseau de pétales métaphorique de l’artiste à travers différents mondes. Placés dans le vide absolu du plan numérique, des pétales numérisés animés en 3D tombent en pluie autour du spectateur dans l’un de ces mondes ; dans l’autre, circulent le long d’un tube cylindrique infini. Ces images pixellisées sont immersives, réconfortantes et oniriques. Elles évoquent des processus physiques incarnés, comme la mémoire et la perception sensorielle, tout en représentant un code machine illimité, capable de traverser toutes les facettes de l’espace infini qui constitue notre monde numérique.

Dans son livre, New Dark Age (« un nouvel âge sombre »), l’artiste James Bridle identifie l’élément clef des relations Homme-machine comme étant « une foi dans le réseau, comme mode de perception, de pensée, et d’action ». Une telle foi « nie les contraintes inhérentes au temps, au lieu, et à l’expérience individuelle ». En détachant les pétales de leur emplacement familier dans le monde naturel pour les placer dans l’espace virtuel, comme représentations d’un système numérique, Meyohas élabore un langage visuel pour ce que Bridles définit comme une dépendance à l’égard du réseau. Cloud of Petals Virtual Reality immerge le spectateur au cœur de ce qui d’ordinaire est un système invisible.

La quête entreprise par Meyohas, rendre l’invisible visible, se poursuit dans la série en cours intitulée «Speculations» (Spéculations), qui représente le caractère infini du monde numérique au moyen d’un dispositif spéculaire. L’œuvre photographique accentue l’effet de vide produit par deux miroirs placés en vis-à-vis. Agencement de feuillage, de toile, et/ou de figures camouflées, l’illusion visuelle, sans fin, absorbe le spectateur dans son infinité. Décrites par Meyohas comme « une stase, constituée d’un échange continu, et une série de relations spéculaires qui ne trouvent jamais de fin définitive », ces photographies transcendent le plan bidimensionnel, transportent le spectateur comme au travers d’un portail.

Les boîtes-vitrines aux thèmes tangents de Joseph Cornell, artiste et cinéaste autodidacte, qui renferment des objets tels que des cartes, coquillages, billes et pipes en terre cuite, ouvrent une fenêtre sur le monde clos de l’artiste. Kenneth Goldsmith qualifie les boîtes de Cornell d’interface, une interface qui intègre des « systèmes d’exploitation et de navigation grâce auxquels il nous est permis d’en faire l’expérience ». Il dresse ensuite un parallèle entre la subdivision des boîtes de Cornell et les technologies informatiques, en particulier l’agencement des « fenêtres » de bureau d’ordinateur. Speculations, non sans rappeler les boîtes vitrées de Cornell, engendre une illusion visuelle qui renvoie à ce qu’exister et naviguer sur des plateformes numériques suppose.

Dans la réalité virtuelle ou en photographie, la réplication sans fin de la plante, de la fleur et/ou du pétale à l’intérieur d’un plan infini reproduit l’expérience de notre réalité numérisée et continuellement catégorisée. En prenant le monde naturel comme référence, le réseau comme médium, et le spéculaire comme mode de contemplation, «Infinite Void» offre une représentation opportune et esthétique- ment remarquable de la part d’ombre grandissante qui caractérise notre dépendance à la technologie. 

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English version:

«Infinite Void» is the second solo exhibition of Sarah Meyohas at PACT, after «Cloud Of Petals» (March 2017), which was her first solo show in Europe and the first time the video Cloud of Petals was screened.

Meyohas hereby features works from two distinct series: on one hand six photographs from «Speculations» (works from 2015 to 2018), on the other hand the virtual reality scenari, latest work the «Cloud of Petals» series.
They all together comprehend void and infinity in different and complementary ways that Julia Greenway depicted in a text she especially wrote for the exhibition (next page).

«Speculations» is a series of photographs Meyohas initiated in 2015 to back the BitchCoin cryptocurrency she created. BitchCoin is a digital currency backed by the photography of Sarah Meyohas at a fixed exchange rate of 1 BitchCoin to 25 square inches of photographic print. This rate of exchange will not change, even if the value of the photography increases. As her work changes in value over time, so will the relative value of BitchCoin. For every new release of BitchCoin, Meyohas sets aside an unframed archival chromogenic print in a bank vault, so that 25 square inches of photography backs every BitchCoin.

Once the print is locked in a vault, an equivalent number of BitchCoins—corresponding to the size of that BitchCoin backed print is then released into circulation.
BitchCoin is thus fully asset-backed, much like the former U.S. gold standard. It allows art collectors to invest directly in Sarah Meyohas as a value producer rather than investing in the artwork itself.

For investors, BitchCoin is like any currency tradable on the open market. It’s a bet on Sarah Meyohas with no expiration.

In 2015, Meyohas created enough prints from «Speculations» to fully asset-back her BitchCoins. Today all the BitchCoins have been sold and none has been back on the market yet. As of now, Meyohas gave the photographs a complete autonomy and created new photographs in 2017 and 2018 without releasing any new BitchCoin.

The six virtual realities are directly linked to the art video Cloud of Petals Meyohas directed in 2017. This 31 minutes film was screened for the first time at PACT in 2017 and followed by a series of photographs, sculptures and an installation of pressed petals. The virtual reality scenari have been produced thanks to RedBull Art Studios, NY, and exhibited there for the first time (Fall 2017) together with all the different mediums from the series.

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Sarah Meyohas (French-American, born in 1991) explores networks of information, power, value, and communication across media. Meyohas holds a B.A. in International Relations from the University of Pennsylvania and a B.S. in Finance from the Wharton School. In 2015 she received an M.F.A. in Photography from Yale University. She lives and works between London and New York.

Exhibiting internationally, her film Cloud of Petals has been screened at various festivals, including; the Brooklyn Film Festival, TimesTalk New York, CogX, Chicago Underground Film Festival, Milwaukee Underground Film Festival, Minneapolis St. Paul International Film Festival and the Slamdance Film Festival. Recently, she was featured in the public talks of the Locarno Film Festival.

In 2017, Sarah Meyohas was listed on Forbes 30 Under 30 and has appeared on CNBC, PBS, and CBC. Her work is often featured in such publications as; The New York Times, Artforum, Vice, Time, Wired, Fortune, Whitewall, T Magazine, Nowness, The Atlantic, Bloomberg View, i-D, AnOther, The Cut, Wallpaper, and Harpers Bazaar.

She appeared on the cover of the 20th Anniversary Edition of Flaunt Magazine, Fall 2018.

Meyohas had solo shows at 303 Gallery, New York in 2016, Galerie PACT, Paris, Independent Régence, Brussels, RedBull Arts Studios, New York in 2017, at Disjecta Contemporary, Portland and at Wasserman Projects, Detroit in 2018. Her work was also part of various group exhibitions, at Aperture Foundation in 2015, Shulamit Nazarian, Los Angeles, Museum of Contemporary Art Detroit, Fisher Parrish, New York and Galerie PACT in 2017, at the Open Space Contemporary of London in 2018 etc.

 

About Infinite Void, by Julia Greenway:

And then like this: that a feeling begins, because flower petals touch flower petals?
And this: that one opens like a lid, and under it lie only eyelids, 
all closed, as if they, sleeping tenfold, had to damp an inner power of sight.

And this above all: that through these petals light must pass.

— Rainer Maria Rilke

Sarah Meyohas deconstructs the rose down to its petal, isolating that most basic unit as a way to refigure the binary language of digital communication: on or off, one or zero, a series of pulses through wires, populating servers and filling the cloud. Only through the act of metaphor can such vast and boundless networks be given visual form. Meyohas’ Infinite Void seeks to manifest the unending chasm of our digital platforms.

Cloud of Petals VR, presents the artist’s metaphorical network of petals across multiple worlds. Placed within the blank void of the digital plane, digital 3D animated petals fall like rain around the viewer in one world, or travel in an eternal cylindrical tube in another. The pixelated images are immersive, comforting, and dreamlike. They evoke physical, embodied processes such as memory and sensual perception, while also being representative of an unbounding language of code capable of navigating every aspect of the infinite space that is our digital world.

In his book, New Dark Age, the artist James Bridle identifies the key component of man-machine relations as being a “faith in the network, as mode of seeing, thinking, and acting.” Such faith actively “denies the bonds of time, place, and individual experience.” In stripping away the petals from their accustomed place within the natural world and placing them in the virtual space as representations of a digital system, Meyohas produces a visual language for what Bridle defines as a dependence on the network. Cloud of Petals VR immerses the viewer within what is otherwise an invisible system.

Meyohas’ quest to make the invisible visible continues in the ongoing Speculations series, which represents the boundless of the digital world using specular tactics. The photographic work heightens the void-like effect captured from two mirrors facing one another. Staged with foliage, canvas, and/or obscured figures, the unending visual illusion pulls the viewer into its limitlessness. Described by Meyohas as a “stasis, made of a constant exchange and a series of specular relations that never find a definitive end,” the photographs transcend the two dimensional plane, transporting the viewer as if through a portal. 

Tangentially themed shadow boxes with items such as maps, shells, mables, and clay pipes by Joseph Cornell, a self taught artist and filmmaker, enact a gateway into the artist’s enclosed world. Kenneth Goldsmith defines Cornell’s boxes as an interface, one with in-built “operating and navigation systems through which we may experience it.” He goes on to draw a parallel between Cornell’s subdivided boxes and computer technology, specifically the layout of desktop “windows.” Not unlike Cornell’s boxes, Speculations casts a visual spell strongly reminiscent of what it means to exist and navigate within digital platforms.

Whether in virtual reality or photography, the unending replication of the plant, flower, and or petal within an infinite plane enacts the experience of our digitized and endlessly categorized reality. By using the natural world as her references, network as her medium, and the specular as her mode of contemplation, Meyohas’ Infinite Void offers a timely and aesthetically stunning depiction of the growing darkness that is our technological dependence. 

About Julia Greenway :

Originally from Detroit Michigan, Julia Greenway began her curatorial practice with Interstitial, a contemporary new media gallery in the Georgetown neighborhood of Seattle. Her work focuses on how digital media influences the aesthetic presentation of gender, economics, and environment. From 2012 to 2014 she developed exhibitions at various galleries and institutions within the region: Bridge Productions, SOIL Gallery, Henry Art Gallery, Seattle Art Museum, Bumbershoot Festival, as well as participating in the Seattle Storefronts Project. In 2016, Greenway undertook a month-long term of research and networking in Shanghai and Hong Kong through The New Foundation Seattle as part of The New Fellows program. She was named the 2017-2018 Curator-in-Residence with Disjecta Contemporary in Portland, Oregon in which she presented solo exhibitions by Sondra Perry, Sarah Meyohas, and Portia Munson. Currently, Greenway is living in London and working towards an MFA in curating at Goldsmiths.