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Motoko Ishibashi / Agata Ingarden

Agata Ingarden & Motoko Ishibashi

“Rachel Is”

16 mai – 15 juin 2019

Pact avec Marie Maertens // Pact with Marie Maertens

 

Agata Ingarden et Motoko Ishibashi ou la réalité de personnages fictionnalisés

Aujourd’hui, comment aborder les thèmes du vivant et de ce qui s’apparente à la peau, mais aussi aux viscères ou aux sucs ? Comment questionner la représentation ou le genre humain ? Par des médiums et approches qui, au premier regard, peuvent sembler contraires, Agata Ingarden et Motoko Ishibashi nous enjoignent à apprivoiser leur territoire, jouant d’une certaine intimité et d’un mystère préservé.

Diplômée des Beaux-Arts de Paris en 2018, Agata Ingarden dévoile quatre sculptures, dont une Venus qui pourrait avoir atterri d’un vaisseau spatial. Vénus, on le sait, est l’archétype du modèle féminin, renvoyant à cette petite statuette du paléolithique tout en rondeur, à la plus classique déesse romaine de l’amour et de la beauté, voire à l’une des quatre planètes telluriques du système solaire, composée essentiellement de roches et de métal. L’artiste utilise ici du métal peint, du cuivre, du silicone, du caramel, des coquilles d’huîtres, ajoutés à des miroirs. Son matériau est souvent brut et respecte ses qualités intrinsèques, référant autant aux origines qu’à une vision futuriste. « Pour cette exposition, débute Agata Ingarden, j’ai souhaité réfléchir à des notions de beauté et de féminité. J’ai beaucoup pensé à Blade Runner, une référence depuis toujours, et à Rachel, qui est un répliquant, défini dans le film comme une simple expérience. J’en ai conçu un parallèle avec la représentation symbolique de Vénus. Mais du personnage, ne réside peut-être que l’absence d’une femme qui disparaît, coule sur elle-même, tout en s’auto-générant, dans un système inédit de fertilité. » A cette référence à Ridley Scott, on ajouterait Alien, long-métrage fondateur pour nombre de plasticiens de sa génération, hantés par ces images d’une espèce inconnue, viscérale, tout aussi dégoûtante que fascinante. Ces ailleurs renvoient à la fantasmagorie de l’espace et aux narrations très ouvertes, élaborées par un long travail manuel à l’atelier ou de nombreuses heures écoulées devant l’ordinateur. Agata Ingarden s’intéresse, sans hiérarchisation, à la nature – elle l’a déjà montré par ses papillons ou insectes cristallisés – et aux nouvelles technologies, se plaçant dans les pas d’un Philippe Parreno. D’instinct, le lien se fait alors avec Pierre Huyghe, avec lequel il avait créé Ann Lee, héroïne manga qui gagna une existence animée ou la possibilité d’être jouée sous les traits d’une « vraie » petite fille. Comment ne pas voir, ainsi, de familiarités avec les personnages de Motoko Ishibashi ?

Cette plasticienne a débuté par une approche esthétique et philosophique de l’art à Tokyo, avant de poursuivre par l’étude de la peinture, jusqu’en 2015 au Royal College of Art de Londres, où elle vit encore. Elle rappelle avoir grandi à une ère ancrée dans la culture manga et dominée par des films tels qu’Akira, Metropolis (de 2001) ou Ghost in the Shell (de 1995). « Puis dans toutes les séries, précise-t-elle, un protagoniste féminin, doté de superpouvoirs, se battait contre une invasion d’extraterrestres ou la venue de l’Apocalypse. Agées d’une quinzaine d’années, ces héroïnes imposaient une sexualité débordante, enveloppée le plus souvent de vêtements léopard… D’une certaine manière, ces filles ont intégré ma peinture avec leur séduction exacerbée, leur poitrine généreuse et leur musculature apparente, mais toujours à la frontière de l’humain et du cybernétique. Cela m’intéresse quand la figure se positionne entre l’objet de désir et la destruction immanente.»
Ses travaux récents, à l’exemple des quatre nouvelles toiles proposées à la galerie PACT, évoquent davantage la concubine – nommée par exemple Cassia – se maquillant ou étant langoureusement allongée en attendant la pénétration d’un masque hydratant, au sein d’un rituel quotidien de beauté. Les tons sont doux, presque atones, au cœur de visages impassibles, sans âge défini. Les bouches entre-ouvertes sont autant un signe de lascivité, voire un reflet de l’érotisme des poupées gonflables, que d’un discours en train de naître. Quand l’entre-jambe revêt le caractère phallique de l’homme. Les figurants de Motoko Ishibashi ne se rapportent à personne en particulier, mais à une idée générique à partir de laquelle peuvent découler narration et large interprétation.

Pour cette exposition « Rachel Is », les deux artistes dialoguent sur l’idée de présence et d’absence du modèle féminin, également dans l’histoire de l’art. Les miroirs des sculptures d’Agata Ingarden réfléchissent les cadrages serrés, donc laissant imaginer la suite de la chorégraphie, de Motoko Ishibashi. Ces peaux nous introduisent dans différentes couches et surfaces. La pâte du peintre est assez sèche – proche d’un Michaël Borremans – car elle ne souhaite pas que l’on se perde dans les détails de sa matière, tandis qu’Agata Ingarden nous pousse à intégrer la sienne. Elle a souvent travaillé le caramel, dont la densité évolue en fonction de la température environnante et l’avait même inauguré à New York, en enjoignant non plus un spectateur ou un regardeur, mais un goûteur, à lécher le nectar. Ces substances réfèrent à des bacchanales contemporaines qui se situeraient dans un présent contrarié et angoissé.

Ces pièces montrent que l’espèce demeure obsédée par ses passions primaires ou primitives, tout en étant inquiétée par le monde qui l’entoure; et si le titre de l’exposition lie de manière directe à la Rachel de Blade Runner, cette dernière est repensée dans une lecture féministe. « Créée par un homme, pour servir les hommes », souligne Motoko Ishibashi, qui avait été fortement marquée, adolescente, par cette première fiction américaine traitant des thèmes rétro-futuristes ou cyberpunks. Agata Ingarden a aussi été, comme, infiltrée par les images de ce film, jouant à faire de sa Vénus un répliquant qu’elle a même recouvert de silicone, matériau aujourd’hui incorporé dans la chair humaine, par rapport à sa première version.

Ensemble, ces travaux instaurent une scène avec décor et personnages, sortes de figures cachées ou en creux qui tendent le temps et suspendent le mouvement. Ces protagonistes se dévoilent telles des mariées mises à nu qui s’apprêteraient ou se prépareraient à l’offrande, avant qu’elles ne fassent, peut-être, le choix de plutôt s’éclipser

Marie Maertens 

Agata Ingarden (sculptures)

Agata Ingarden (n. 1994, Cracovie, Pologne; vit et travaille à Paris) a obtenu un DNSAP avec félicitations du jury aux Beaux-Arts de Paris en 2018.

Parmi ses expositions personnelles figurent Heartache à Soft Opening curatée par Antonia Marsh (Londres, UK), 2019; Skunk House / Like Mushrooms After Rain, curatée par Arkadiusz Półtorak à Gastatelier Leo XIII (Tilburg, Pays-Bas); Dom à Piktogram Gallery (Varsovie, Pologne) en 2018 ; et Sweaty Hands à Exo Exo (Paris) en 2017.

Son travail a été présenté dans une dizaine d’expositions collectives parmi lesquelles Cheek to the Cliff, Love Unlimited, Glasgow, UK; Prix des Amis des Beaux-Arts, Les lauréats 2018, Agnes B., Paris, France (2018); Material Narratives: Get it While It’s Hot, curatée par Margueritte Kruger et Lucie Touroul, DOC, Paris, France (2018); Scientific Romance, curatée par Alberto Vallejo, Beatriz Ortega Botas, Yaby, Madrid, Spain; Le Laboratoire, curatée par Marie Madec et Lucie Sotty, Sans Titre (2016), Marseille, France (2017); Switchers 3, The Air Biennale, curatée par Robert Brambora, Paris, France (2017); Room for Learning, curatée par Kalle Wadzinsky, Gabe Rodriguez-Fuller, 41 Cooper Sq, New York, USA (2017); Laurel, curatée par Laurence Dujardyn, Tatiana Kronberg, Rosie Motley, New York, USA (2017); BATHROOM/BATHHOUSE, avec Irina Jasnowski, MX Gallery, New York, USA (2017).

En 2018 Ingarden a reçu le Prix des Amis des Beaux Arts – Prix Cabinet Weil.
Son travail fait partie de la collection permanente du Musée National d’Art Contemporain de Pologne.

Ingarden fera partie de l’exposition «Scène Française» au Palais de Tokyo en octobre 2019.

Motoko Ishibashi (peintures)

Motoko Ishibashi (n. 1987, Nagasaki, Japon; vit et travaille à Londres, UK) détient un Master of Fine Arts du Royal College of Art (Londres, UK), un Bachelor of Fine Arts (obtenu avec mention), de la Slade School of Fine Art (Londres, UK) et un Bachelor of Arts – Aesthetics and Science of Arts in Philosophy de la Keio University (Tokyo, Japon).

Ses expositions expositions comprennent Guru Den à Bosse&Baum (Londres, UK) et Écrin à La Plage (Paris) en 2017.

Ses expositions collectives comprennent Honesty is the greatest fidelity à la Galerie Yamakiwa en 2016 (Niigata, Japan; residence & exposition), HYPOKEIMENON, en dessous du sang à la Galerie Nadine Feront (Bruxelles, Belgique), Hot Relations (and Other Acts of Revenge) #I à Clearview. ltd (Londres, UK) en 2017 et 2.00 à Fig. (Tokyo, Japon; curatée par Motoko Ishibashi), Apparitions à Unit 17 (Vancouver, Canada) et Séraphîta à la Galerie Polansky (Prague, République Tchèque).

Son travail sera intégré à l’exposition de groupe au Horse Hospital à Londres (mai 2019) et bénéficiera d’une exposition personnelle à All Welcome à Londres en octobre 2019. 


ENGLISH VERSION:

Agata Ingarden and Motoko Ishibashi or the reality of fictionalized characters 

Today, how can we approach the themes of the living and what is related to the skin, but also to the viscera or juices and snaps? How can we question the representation or the human race? Through media and approaches that, at first glance, may seem contradictory, Agata Ingarden and Motoko Ishibashi enjoin us to tame their territory, playing with a certain intimacy and a preserved mystery.

Agata Ingarden, a 2018 graduate of the Beaux-Arts de Paris, unveils four sculptures, including a «Venus» [main sculpture in the middle of the space] that may have landed from a spaceship. Venus, as we know, is the archetype of the female model, referring to this small round Paleolithic statuette, the most classical Roman goddess of love and beauty, and even one of the four telluric planets of the solar system, composed mainly of rocks and metal. The artist uses painted metal, copper, silicone, caramel, oyster shells, added to mirrors. Her material is often raw and respects intrinsic qualities, referring as much to origins as to a futuristic vision. «For this exhibition,» begins Agata Ingarden, «I wanted to reflect on notions of beauty and femininity. I thought a lot about Blade Runner, a reference from the beginning, and Rachel who is a replicant, defined in the film as a simple experience. I have designed a parallel with the symbolic representation of Venus. But the character, perhaps only the absence of a woman who disappears, flows on herself while self-generating in a new system of fertility.»
To this reference to Ridley Scott, we would add Alien, a founding feature film for many of the plastic artists of his generation, haunted by these images of an unknown, visceral, disgusting and fascinating species. These elsewhere refer to the phantasmagoria of space and very open narratives, elaborated by a long manual work in the workshop or many hours spent in front of the computer. Agata Ingarden is interested, without hierarchy, in nature – she has already shown it through her butterflies or crystallized insects – and in new technologies, following in the footsteps of Philippe Parreno. By instinct, the link is then made with Pierre Huyghe, with whom he had created Ann Lee, a manga heroine who won an animated existence or the possibility of being played as a «real» little girl. How can we not see, in this way, familiarities with the characters of Motoko Ishibashi?

This visual artist began with an aesthetic and philosophical approach to art in Tokyo, before continuing her studies in painting until 2015 at the Royal College of Art in London, where she still lives. She recalls growing up in an era rooted in manga culture and dominated by films such as Akira, Metropolis (2001) or Ghost in the Shell (1995). «Then in all the series» she says, «a female protagonist with superpower fought against an invasion of aliens or the coming of the Apocalypse. At the age of fifteen, these heroines imposed an overflowing sexuality, most often wrapped in leopard clothing… In a way, these girls integrated my painting with their exaggerated seduction, their generous breasts and their apparent musculature, but always at the border of the human and the cybernetic. It interests me when the figure is positioned between the object of desire and the immanent destruction.»
Her recent works, like the four new paintings on display at PACT, are more reminiscent of the concubine – named Cassia, for example – putting on make-up or languidly lying down waiting for a moisturizing mask to penetrate a daily beauty ritual. The tones are soft, almost dull, in the heart of impassive faces with no defined age. The open mouths are as much a sign of lasciviousness, or even a reflection of the eroticism of inflatable dolls, as they are of an emerging discourse. When the crotch takes on the phallic character of man. Motoko Ishibashi’s onlookers do not refer to anyone in particular, but to a generic idea from which narrative and broad interpretation can flow.

For this exhibition «Rachel Is», the two artists discuss the idea of the presence and absence of the female model, also in art history. The mirrors of Agata Ingarden’s sculptures reflect the tight frames, thus allowing us to imagine the rest of Motoko Ishibashi’s choreography. These skins introduce us into different layers and surfaces. `The painter’s paste is quite dry – close to a Michaël Borremans – because she does not want us to get lost in the details of her material, while Agata Ingarden pushes us to integrate hers.

She has often worked on caramel, whose density changes according to the surrounding temperature and even inaugurated it in New York, enjoining not a spectator or a watcher, but a taster, to lick the nectar. These substances refer to contemporary bacchanalia that would be located in a disturbed and anxious present. These pieces show that the species remains obsessed with its primary or primitive passions, while being concerned about the world around it, and if the title of the exhibition directly links to Blade Runner’s Rachel, the latter is rethought in a feminist reading. «Created by a man to serve men,» says Motoko Ishibashi, who as a teenager was strongly influenced by this first American fiction dealing with retro-futurist or cyberpunks themes. Agata Ingarden was also, as if infiltrated by the images of this film, playing at making her Venus a replica that she even covered with silicone, a material now incorporated in human flesh, compared to her first version. Together, these works create a scene with scenery and characters, kinds of hidden or hollow figures that stretch time and suspend movement. These protagonists reveal themselves as bare brides who would be preparing or preparing for the offering, before they perhaps make the choice to disappear instead… 

Marie Maertens

Agata Ingarden (sculptures)

Agata Ingarden (b. 1994, Krakow, Poland; lives and works in Paris) completed a DNSAP with Honors at the Beaux-Arts de Paris, 2018.

Solo exhibitions include Heartache at Soft Opening curated by Antonia Marsh (London), 2019; Skunk House / Like Mushrooms After Rain, curated by Arkadiusz Półtorak at Gastatelier Leo XIII (Tilburg, Netherlands) and Dom at Piktogram Gallery (Warsaw, Poland) in 2018. She also exhibited Sweaty Hands at Exo Exo (Paris) in 2017.

Group exhibitions include Cheek to the Cliff, Love Unlimited, Glasgow, UK; Prix des Amis des Beaux-Arts, Les lauréats 2018, Agnes B., Paris, France (2018), Material Narratives: Get it While It’s Hot, curated by Margueritte Kruger and Lucie Touroul, DOC, Paris, France (2018), Scientific Romance, curated by Alberto Vallejo, Beatriz Ortega Botas, Yaby, Madrid, Spain, Le Laboratoire, curated by Marie Madec and Lucie Sotty, Sans Titre (2016), Marseille, France (2017), Switchers 3, The Air Biennale, curated by Robert Brambora, Paris, France (2017), Room for Learning, curated by Kalle Wadzinsky, Gabe Rodriguez-Fuller, 41 Cooper Sq, New York, USA (2017), Laurel, curated by Laurence Dujardyn, Tatiana Kronberg, Rosie Motley, New York, USA (2017), BATHROOM/BATHHOUSE, with Irina Jasnowski, MX Gallery, New York, USA (2017).

In 2018 Ingarden was awarded the Prix des Amis des Beaux Arts – Prix Cabinet Weil.
Her work is included in the permanent collection of the National Museum for Contemporary Arts of Poland.

Ingarden will be part of the exhibition «Scène Française» at Palais de Tokyo, next October (2019).

Motoko Ishibashi (paintings)

Motoko Ishibashi (b. 1987, Nagasaki, Japan; lives and works in London, UK) holds a Master of Fine Arts from the Royal College of Art (London, UK), a Bachelor of Fine Arts (completed with First Honours), from Slade School of Fine Art (London, UK) and a Bachelor of Arts in Aesthetics and Science of Arts in Philosophy, from Keio University (Tokyo, Japan).

Solo exhibitions include Guru Den at Bosse&Baum (London, UK) and Écrin at La Plage (Paris) in 2017.

Group exhibitions include Honesty is the greatest fidelity at Yamakiwa Gallery in 2016 (Niigata, Japan; residency & show), HYPOKEIMENON, en dessous du sang at Galerie Nadine Feront (Brussels, Belgium), Hot Retelations (and Other Acts of Revenge) #I at Clearview. ltd (London, UK) in 2017 and 2.00 at Fig. (Tokyo, Japan; show curated by Motoko Ishibashi), Apparitions at Unit 17 (Vancouver, Canada) and Séraphîta at Polansky Gallery (Prague, Czech Republic).

She will be part of a group show in May 2019 at Horse Hospital in London and will have a solo show at All Welcome in London in October 2019.